Cher.es vous,

Je voudrais commencer ce post par un mot à 8 lettres que j’affectionne particulièrement :

Ambition.

J’ai toujours adoré ce mot, qui fait partie des valeurs fondamentales de ce que je cherche à transmettre (avec l’humour et le partage). Cependant, il semblerait que ce crédo ne soit pas toujours synonyme de bonheur et pour cause : les ambitieux.ses pensent toujours au coup d’après. Le problème avec le coup d’après… C’est qu’il est après. Et cela peut nous enfermer dans la frustration permanente de ne pas atteindre nos objectifs, alors que nous sommes seul.es responsables de leur constante mise à jour à la hausse.

Dan Sullivan, fondateur de Strategic Coach, traduit ce syndrome du « jamais assez » par le concept du « Gap and the Gain » en nous invitant à nous concentrer sur les gains et non pas sur cet écart éternel entre vous et votre idéal, inatteignable par nature.

Cette semaine, je vous aide à sortir de cette zone frustrante de comparaison, que ce soit avec les autres ou la vision biaisée de vous-même. En bref, comment être dans le gain pour être dans le game 😎. Installez-vous confortablement. On démarre !

Chasser l’horizon et revenir bredouille.

Quand on se lance dans un projet ou dans la construction d’une carrière, il nous est chaudement recommandé d’avoir des objectifs et une vision à peu près clairs de ce qu’on a envie de réaliser. Soit. Nous voilà donc parties à l’assaut d’objectifs S.M.A.R.T que l’on façonne plutôt Ferrari.

Le problème avec les objectifs ambitieux, c’est qu’ils sont difficiles à atteindre et que les étapes avant d’y parvenir sont nombreuses. On a donc largement le temps de se perdre ou de laisser notre foi sur le chemin sinueux de la réussite.

Et quand, malgré tous les obstacles, notre but se rapproche et arrive à portée de main… Finalement, en le regardant de plus près, on se rend compte qu’il n’est pas si incroyable et qu’on pourrait avoir beaucoup mieux ! Tout feu, tout flamme, nous nous fixons donc un nouvel objectif. Plus beau. Plus fort. Plus sexy. Là, c’est sûr et certain, si on l’atteint celui-ci, promis on ouvrira grand les bras au bonheur. Et nous voilà reparti.es, comme des Tom à la poursuite d’un Jerry qui nous glisse constamment entre les doigts.

Si vous vous reconnaissez dans le chat malchanceux, vous êtes dans le « gap », aka vous adoptez le mauvais paradigme. C’est ce qui explique que des gens d’apparence très successful ne parviennent jamais à être heureux, ballotés dans la spirale du toujours plus. Dès qu’ils atteignent un objectif, ils l’actualisent à la hausse, ils ont donc la sensation d’être toujours en dessous et rentrent dans un cercle vicieux de frustration.

De la sorte, le bonheur étant dépendant d’une condition extérieure, il ne peut jamais vraiment être atteint de manière pérenne. Beaucoup ne se satisfont pas de leur situation, pourtant intensément désirée quelques mois voire années auparavant. Pourquoi vous étonner de rentrer bredouille si vous cherchez à attraper l’horizon ?

On ne copie pas !

Même – et surtout – si on a la chance d’être à côté d’Hermione Granger 🤓.

Dans l’article Fais ce qui te ressemble, j’avouais avoir envié pendant un temps la flexibilité et surtout le temps des entrepreneures sans enfants, qui avaient la possibilité de travailler sans limite. J’apportais évidemment beaucoup de nuances et d’autodérision et je terminais en expliquant que c’est justement notre histoire et nos contraintes qui traduisent notre singularité et donc in fine, notre force. Cette édition avait touché un point sensible car elle avait suscité beaucoup de réactions ! Citée parmi les entrepreneures inspirantes, Alice Zagury m’avait même répondu « Faut surtout ne pas se comparer tout court. Parce que personne n’a accès à la réalité des combats et des difficultés de ces filles là ⚔️🌹 »

Et elle soulève ici un point important : lorsque nous nous comparons, nous confrontons notre intérieur avec l’extérieur des autres, ce qui biaise totalement notre perception. On ne va pas se mentir, tout.es autant que nous sommes, nous ne présentons jamais notre vie sans l’avoir passée au make-up du storytelling. Et heureusement. Imaginez que vous commenciez à parler de vos problèmes à chaque fois qu’on vous demande comment se porte votre business. Vous ne pouvez pas décemment répondre à un client potentiel « en ce moment, c’est un bordel monstre dans la boîte, nos clients nous délaissent, l’équipe fondatrice se déchire et notre trésorerie fond comme neige au soleil ». Non. Vous répondez, grand sourire, que vous vous en sortez pas si mal pour une période de crise. Se comparer revient donc à mélanger les choux et les carottes, autrement dit, cela n’a aucun sens.

Ainsi, le concept du gap et du gain est totalement pertinent : lorsque nous nous comparons, ici encore, nous sommes dans le gap. Et non seulement, être dans le gap peut nous rendre malheureux.se, mais pire encore, cela peut nous conduire à poursuivre des rêves qui ne sont pas les nôtres. Nous sommes tellement bombardé.es de contenus et d’injonctions qu’il est bon de s’interroger : notre vision, nos aspirations… Nous appartiennent-elles vraiment ? Ou sont-elles empruntées à d’autres ?

En bref, ce n’est pas parce que votre meilleure amie s’habille chez Desigual, qu’il faut le faire vous-même ! « Trop de gens dépensent de l’argent qu’ils n’ont pas, pour acheter des trucs dont ils ne veulent pas, juste pour impressionner des gens qu’ils n’aiment pas », dit pertinemment Will Smith.

Avant de courir après un objectif, il est bon de se demander s’il nous appartient vraiment.

Se comparer à soi-même. Avant.

Maintenant que nous avons bien compris les limites de la comparaison aux autres, il nous reste donc plus qu’à nous comparer avec… Nous-mêmes. Sauf que là encore, nous tombons dans un piège : celui de nous confronter à notre version fantasmée. Nous, en mieux.

Me concernant, ce serait un mix entre Carrie Bradshaw pour le style, Bree Van de Kamp pour ses capacités illimitées de maîtresse de maison et Olivia Pope pour son charisme et son sex-appeal.

Mais tout de même, quand on y pense : se rendre au sport avant le lever du soleil chaque matin, pour ensuite aller travailler dans les hautes sphères politiques et économiques de ce monde en talons de 12, pour revenir à la hâte chez nous et préparer un gratin dauphinois bio en porte-jarretelles tout en faisant réciter les tables de multiplication à des enfants calmes et lavés, dans une maison tenue à 4 épingles… Est-ce vraiment une vie de rêve ? Perso, je suis épuisée, rien que d’y penser.

Je force le trait bien sûr, mais j’aimerais attirer votre attention sur votre dialogue intérieur et les injonctions que vous vous imposez tout.e seul.e : dès que vous commencez votre phrase par « il faudrait que » (je sois comme-ci, je fasse ça…). Alerte rouge ! Vous êtes dans le gap.

Vous ne faisiez pas du tout de sport et vous sortez pour 15min de running avec un.e ami.e ? Bravo. Vous voulez arrêter la viande et vous commencez par trois journées veggie par semaine ? C’est bien.

Être dans le gain vous permet de conscientiser vos progrès depuis votre situation initiale et non par rapport à votre idéal. Si vous vous contentez de la finalité comme seule échelle de référence, vous resterez dans cet écart béant entre ce que vous êtes réellement et ce que vous souhaiteriez être, générant culpabilité et frustration.

Et qu’on s’entende bien, il ne s’agit pas d’être moins ambitieux.se : vous ne fixez pas vos objectifs à la baisse, non. Vous maintenez votre cap, vous savez exactement où vous voulez aller. Mais le fait de mesurer ce que vous avez été capable d’accomplir jusqu’à présent vous donnera énergie et motivation pour réaliser encore plus.

Gains = progrès, succès ou leçons.

Il est donc essentiel de mesurer nos succès. Jeter un oeil dans le rétro ne vous empêche pas d’accélérer, et c’est même un indispensable avant de dépasser. En se concentrant sur nos réalisations, on augmente notre niveau de bonheur, de confiance et de présence.

Précision importante : être fièr.e de soi n’est pas être prétentieux.se. La fierté amène la confiance et la confiance nous fait passer à l’action. Elle-même générant plus de confiance et de fierté. Donc ne minimisez pas vos victoires !

(Pas d’inquiétude, si vous vous enflammez trop, la vie se chargera de vous faire redescendre 😈).

Je dirais même qu’apprécier nos gains nous permet d’alimenter notre ambition : plus de gains je vois dans mon passé, plus je peux en créer dans mon futur. Et cette mesure permet de vous amener aux bons objectifs, ceux qui ont du sens pour vous.

Cette perspective amène également à plus de coopération, de connexion et d’entraide : nous ne sommes pas en compétition les un.es avec les autres puisque nos gains n’ont rien à voir avec ceux de notre voisin. Qu’il progresse plus ou moins vite que nous, cela n’a aucun impact sur notre propre avancée. Nous nous concentrons uniquement sur notre chemin personnel.

Revenez 12 mois en arrière. Où étiez-vous ? Qu’avez-vous appris, quels progrès avez-vous réalisés ? Professionnels, personnels, relationnels, financiers…

A l’automne 2020, mon mari et moi-même ne savions pas encore si nous retournions à Genève. Le Covid nous empêchait de voyager et de nous projeter car lui n’était pas confirmé dans son job et nous étions dans l’inconnu total si cette piste ne se concrétisait pas. Nous avions rendu notre appartement, nous alternions donc les séjours dans nos familles respectives, notre fille de 2 ans sous le bras.

Quand je ressens de l’impatience car j’aimerais que mes projets avancent plus vite, je me remémore cette période de transition et je me félicite de toutes les étapes traversées. Pas plus tard que ce week-end, alors que nous discutions de nos projets à venir, il me disait d’ailleurs:

« Je sens qu’on va être vraiment bien dans pas longtemps. »

« On est déjà pas trop mal, là non ? »

Boom. Changement de paradigme :D. Je compte sur vous pour en faire de même.

Let’s close the gap !

Aloïs